LA RÉVÉLATION  D’ARÈS, suite.

 

 

Frère Antoine Bastien, 

Merci pour votre intervention très posée, avec laquelle je commence et relève les principaux points que vous soulevez, à savoir : Hamza Boubakeur ; le passé de Michel Potay ; lecture de la RA comparée au Qur’ān ; « un prophète à chaque époque » ; « l’Occident et le besoin d’un prophète » 

* Le Cheikh Hamza Boubakeur : Comme toute autre personne, il est libre d’accepter ou de croire en ce que bon lui semble, mais le prendre comme critère de jugement n’est pas de mise, car celui qui ne sait pas traduire que « Dieu fait rémission » (الله يتوب) et écrit une fois « il agrée votre repentir » (4/26) et un autre « Dieu accueillera le repentir » (5/39)  qui traduit parfois « tes adorateurs » ou « tes serviteurs » par : « tes esclaves », en sachant que le Qur’ān est le seul Livre Révélé qui a aboli l’esclavage, c’est une personne dont les compétences laissent à désirer  . Ce n’est pas le poste qui fait la valeur de la personne, mais l’œuvre qu’elle accomplie. Que vous ayez, vous aussi, adhéré à cette révélation, après avoir adopté l’islam, c’est un choix personnel, les conversions se produisent dans tous les sens, politiques ou religieux, et ce n’est point une preuve évidente qu’il existe un lien entre les deux Messages, leur déploiement respectif, ou de vous prendre comme modèle.

* Le passé de Michel Potay : Par les temps qui courent, au XX° et XXI° siècle où tout est calculé, dominé et orienté, pour ne rien dire du formaté et enrôlé, le passé de Michel Potay pose problème et suscite l’idée qu’il y a une influence quelconque et une incohérence claire et nette. D’ailleurs Jésus lui dit clairement : « Tu n’évoqueras pas ta vie passée, il n’y a rien là dont tu puisses être fier » (16/10). Phrase lourde de sens et de conséquences, surtout de nos jours. Le texte même soulève plusieurs remarques. Le fait que les occidentaux et l’Eglise ont fait une abominable projection, de tout ce qu’ont subie le christianisme et ses textes, sur l’Islam et le Qur’ān, ce n’est point une raison de l’employer comme argument pour justifier ce que contient la RA comme remarques de bases auxquelles je reviendrai.

* Lecture de la RA comparée au Qur’ān : Il n’est pas question d’entreprendre « la lecture du texte [de la RA] tel quel sans préjugés et avec le texte du Coran comme référence », comme vous me le proposez, pour la simple raison : il est dit dans le Qur’ān que c’est le dernier Message Révélé, envoyé « aux mondes », et que Mohammad est l’ultime Prophète (آخر النبيين). Que le but de sa Révélation soit mis au pluriel, « aux mondes » (للعالمين), cela veut dire que ce Message concerne les différents mondes qu’englobe la nature Humaine : le monde arabe/oriental, le monde occidental, le monde asiatique, etc. C’est-à-dire toute l’Humanité.

Que vous ayez commencé à lire le Qur’ān dans des traductions en français, avec un résultat « assez décevant », comme vous le dites, c’est tout à fait normal dans la mesure où la première traduction de ce Texte Révélé commença au XII° siècle, lors de la Reconquista, sous les auspices de Pierre le Vénérable, c’est-à-dire sous les ordres de l’Eglise. Tandis que les musulmans n’ont reçu l’approbation d’Al-Azhar pour traduire le Qur’ān qu’au XX° siècle, en 1935. Du XII° au XX° siècle tous les traducteurs, furent-ils ecclésiastiques ou non, avait libre cours de suivre la trajectoire imposée par l’Eglise : faire en sorte que la traduction enlève toute validité à l’Islam. Ce sont ces textes faussés, idiotisés, auxquels l’Eglise et ses médias ont recours pour critiquer l’Islam et fomenter la haine dans le cœur des chrétiens, de sorte que de nos jours, cette haine ne s’est pas seulement ostracisée le long de ces quatorze siècles, mais fut foncièrement et intentionnellement enfoncée dans l’ADN de la plupart des chrétiens.

* « Un prophète à chaque époque ? » : Dans cet exemple que vous citez il y a une faute gravissime qui change complètement le sens, vous employez  le verbe au présent, alors que le Qur’ān le dit  au  passé : « Et Nous n’Envoyâmes de Messager, sinon dans la langue de son peuple, afin qu’il leur explicite » (4 :14) وما أرسلنا من رسول إلا بلسان قومه ليبين لهم)   ), car Mohammad est l’ultime prophète : « Mohammad n’était le père d’aucun de vos hommes, mais le Messager d’Allah et l’ultime Prophète » (33 :40) (ما كان محمد أبا أحد من رجالكم ولكن رسول الله وخاتم النبيين) .Ce qui veut dire qu’il n’y a plus de Prophètes après Mohammad, la porte étant divinement close.

* « Un prophète n’est-il pas nécessaire pour ces peuples qui ont détourné l’Evangile et ignoré le Coran ? » : Non, ce n’est pas un prophète qu’il leur faut, car ils l’ont eu déjà, et c’était un grand Prophète, Jésus. Ce dont ils ont besoin, ces peuples, est que l’Eglise fasse son mea culpa, comme elle l’a déjà fait aux sionistes ! Qu’elle avoue et dénie toutes les manipulations commises dans ses propres textes, pour imposer le christianisme qu’elle a façonné ; ce qu’elle a fait pour barrer la route face à Mohammad, en déifiant Jésus ; tout ce qu’elle a fait et continue à faire avec acharnement, pour dévaloriser et déraciner l’Islam. C’est pourquoi il n’est pas question de faire « une étude comparée et objective des textes du Coran et de la Révélation d’Arès », comme vous me le proposez : Il n’y a aucune commune mesure entre les deux : le Qur’ān n’a point varié depuis sa Révélation, la RA contient beaucoup de contradictions et soulève plusieurs interrogations sur sa nature, son évolution, ses commentaires et son but final.

 

Mes remarques :

 

Outre ce que j’ai déjà relevé dans l’article précédent, j’ajoute quelques clarifications concernant : le corpus de la RA ; les trois monothéismes ; les contradictions de Potay et ses commentaires ; le but final de la RA.

* Le corpus de la RA : La Révélation d’Arès comprend trois sortes de textes : l’Evangile d’Arès, le Livre, et les commentaires de Michel Potay. Trois textes qui semblent écrits par trois personnes tout à fait  différentes. L’évangile, d’un style accessible ; le Livre tout à fait incompréhensible sans les commentaires de Potay ; les commentaires de Potay qui non seulement se contredisent souvent dans l’essentiel, mais dont la présence même porte atteinte à ce que lui dit Jésus dans le chapitre 10 versets 10-11 : « Leurs langue sera sans artifice ; leurs marges seront pures de toute glose; ma parole (…) libre du harnais que lui mettent les docteurs », « personne ne se présentera jamais devant les pécheurs pour ajouter à ma Parole ».

Ce corpus a connu des éditions variées : en 1974, 1977, 1983, 1984, 1987 et 1989. Une édition bilingue franco-anglaise (avec annotations entièrement réécrites et appendices) 1995 ; et une édition bilingue franco-allemande (avec annotations et appendices complets) 2007, et la toute dernière en 2009. Le nombre de pages varie de 94 pages de texte et 12 de préface de la première édition, à 800 pages édition 1995 ! Cette présentation révèle, à elle seule, que quelque chose ne va pas sous ces textes dont les annotations varient, qui sont entièrement réécrites comme dit Potay. Un texte révélé ne doit-il pas rester le même, sans commentaires qui se contredisent ou qui varient d’une édition à l’autre ?

*  Les trois monothéismes : Quiconque lit l’Evangile d’Arès et le Livre se rendra compte que les principales données de chacun des trois Messages monothéistes sont représentées, on dirait qu’ils sont là pour grouper les adeptes de ces trois Messages vers un but déterminé :

1 – Le Judaïsme : Dans un contexte religieux, judéo-chrétien, qui dit « Temple » pense tout de suite au Judaïsme. Durant la première veillée 1/12, Jésus dit : « le Temple est indestructible » ! Fait accompli, c’est tout. Si « la Moisson d’Israël s’est desséchée sur place, et ils n’ont récolté qu’herbes sauvages et broussailles » (5/4), ou s’ils ont été désobéissants à Son appelle (21/5-6), Dieu intervient  tout de même pour les sauver dans les temps modernes : le 25 octobre 1977 le Créateur demande à Potay d’écrire au Président d’Egypte pour faire la paix avec Israël, sinon « l’Egypte finira par vaincre Israël si la paix n’est pas vite conclue entre les deux pays » ! J’ai déjà commenté cette infamie dans l’article précédent, où Potay finit par définir Israël comme étant : « la nation préparée pour accomplir la Parole » (encadré p. 53), c’est-à-dire la nation Seigneur et Maître ! Et Potay de répéter dans ses commentaires et ses liminaires qu’il n’y a pas de politique dans la RA !!

2 – Le Christianisme : Il est curieux de voir tous les principaux éléments du Christianisme se défiler le long des trois textes de la RA : l’Evangile, le Livre et les commentaires. L’apparition de Jésus ressuscité, en chair et en os, tel que Potay insiste à le répéter malgré toutes les invraisemblances, représente en fait l’épine dorsale du christianisme actuel, à quoi s’ajoutent : l’eucharistie, le baptême, la prière, le mariage, etc. Mais surtout cette idée brodée depuis longtemps par l’Eglise et catégoriquement imposée au monde : Jésus, et Rien que Jésus ! Relevées le long du texte à titre d’exemples, ces citations ne sont point les seules :

L’Eucharistie : « … Personne que Moi ne donne Mon Corps et Mon sang » (8/2) ; « … Mon Corps transpercé, le Sang versé de Mes Plaies, Je Les livre aux regards et aux mains de tous les pénitents » (8/4) ; « Quiconque pèche contre Moi, mais entre en pénitence, sans doute tous encore, est ordonné à faire mémoire de Mon Sacrifice, à toucher et manger Mon Corps et Mon Sang dans l’affliction du repentir » (8/6) ; « D’huile comme d’un baume sur Mes Plaies le pécheur oindra Mon Corps, mouillera Mon Sang, avant de Les porter à ses lèvres ; chacun fera de même » (10/5) ; « Réveille la pénitence en eux pour qu’ils consomment Ma Chair et Mon sang dans l’affliction du repentir » (36/4). Je ne vois vraiment pas  qu’un musulman acceptera de devenir carnivore, ne serai-ce que symboliquement ou moralement !

 Jésus : « Ma Parole seule sauve, Mon Bras seul donne force, Mon Pardon seul absout » (7/4) ; « …personne que Moi ne donne force et pardon » (8/2) ; « Tu ne béniras personne ni aucune chose ; Mon bras seul Bénit » (16/7) ; « Ma parole est la Loi qui vient (…) Elle est la Loi Qui sera » (28/7) ; « Le temps est venu où Ma Parole s’accomplit » (28/14) ; « Il est temps que Je libère les nations » (28/20) ; « Les nations reviendront vers Moi » (28/21) ; « … car Moi seul montre la Voie » (33/15), phrases typiquement vaticanes !

3 – L’Islam : Il est étonnant de voir l’Islam prendre majestueusement la place qui lui est due, dans cette RA après quatorze siècles d’ostracisme. Etonnant de voir Mohammad carrément reconnu, que Dieu lui a Parlé, a Parlé à travers ce « Briseur d’idoles, le plus écoutés de Mes Messagers, le plus sage, qui n’a pas fait ployer son peuple sous les observances et ne l’a pas fait fléchir sous les ordonnances des princes du culte » (2/9). Ou bien de lire : « Mouhammad, Mon Messager, venu avant toi, a enseigné que Jésus n’est pas Dieu, que ceux qui croient cela sont impies » (32/1), ou bien : Dieu, silencieux depuis Mouammad, revient pour dire à Potay : « Ferme le Livre les siècles ! Ferme, sauf Mouhammad » (I/6). Ce qui veut dire que le Livre de Mohammad, le Qur’ān, est le seul Livre à avoir droit de Cité, le seul Livre Révélé digne de guider le monde ; que Mohammad, le fondateur de l’Islam, est bien un Prophète qui a ouvert une Voie pour l’Humanité. Puis, qu’est-ce qui attend cet Islam dans le but final de cette RA ?!

* Les contradictions de Potay : je cite une phrase qui bouleverse tous les textes, l’Eglise y compris : Jésus « a mis ses pieds dans mes pas, il ne s’En est jamais écarté, il s’est embrasé de Mon Amour pour l’homme, son frère, et comme une fumée pure il s’est élevé vers Moi » (32/3). Ce qui veut dire qu’il n’est pas monté au ciel avec son corps, chair et os, ne s’est pas ressuscité en chair et en os, ne s’est pas montré à Potay corporellement, comme il l’assure et l’impose. Une « fumée pure » c’est exactement la seule forme que peut prendre une âme pour se faire voir.

D’un autre côté, certains versets lui attribuent l’autorité de nettoyer la Bible des élucubrations qu’elle contient, ce qu’il n’a pas fait au bout de 40 ans. Bien au contraire, une grande partie de ses commentaires font références à la Bible comme preuve de certitude ou de validité. Ce qui permet de dire que ses interprétations posent plus de questions que les textes eux-mêmes. Je cite en exemple cette phrase du Livre, quoique malséante, « Ma Salive est sur ta langue » (VIII/II) qu’il commente en disant que cela veut dire : « je te donne la Vérité et montre la bonne voie » !!  De même pour les titres intercalaires en gras qui n’existent que depuis la version 2009. Cette liberté prise par Potay oriente le lecteur et l’égarent fort loin du texte.

* Le but final de la RA : Les points d’interrogations que suscite la RA attirent l’entendement d’autres lecteurs aussi. Hier, en surfant les sites que je vois de temps à autre, je suis tombée sur un article ayant pour titre : « Pourquoi l’islam a-t-il été enrôlé dans l’aire de la mission ? ». La question, très pertinente, ressort des textes et introductions de Potay. L’auteur  démontre, preuves en main,  « que la mission d’abord ne couvrait, avec certitude, que l’aire de la chrétienté, et qu’à partir de 1995 Potay intègre les pays islamisés ». Le développement de cet article, d’un point de vue perspicace et très intelligent, mérite l’attention des lecteurs, surtout celle des arésiens.

Un dernier point vers lequel j’attire l’attention : Dans l’introduction de l’édition 2009, Potay termine le paragraphe ayant pour titre « la Révélation d’Arès ne fonde pas de religion » en disant à la dernière ligne de ce passage : « C’est le projet et la solution de l’avenir ». Puis ajoute à la page suivante : « La Révélation d’Arès ne fonde donc aucune religion, politique ou loi nouvelles et envisage plutôt la disparition naturelle de celles existantes ».  Et dans la dernière partie il se donne le droit de dire : « Ici, les cultures n’ont plus court ! Quoique le mot culture n’y apparaisse pas, les cultures sont implicitement dénoncées dans la RA, etc. ». Aussi magistralement, il se donne le droit de supprimer toutes les cultures d’un trait.  Ce qui est digne d’un développement à part.  Et la toute dernière phrase dit : « C’est pourquoi, enfin, ce livre ne peut déboucher, une fois accomplit (35/6), que sur un monde changé (28/7) sans religion, ni politique, ni lois, ni institutions interventionnistes ou dirigistes ». Il me semble qu’on ne peut être plus clair dans une optique d’éradication. Ce qui de facto situe cette RA, d’une façon ou d’une autre, sous la guidance de ce qui se trame actuellement pour instaurer le Nouvel Ordre Mondial.

 

Zeinab Abdelaziz

Samedi, le 25 septembre 2015

 

Le lien de l’article concernant la RA :

 

Pourquoi l'islam a-t-il été "enrôlé" dans la mission ?